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Déclarations / 13 avril 2017

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Déclaration de la Troisième Conférence de la Méditerranée de la Gauche

Les partis de gauche des régions du sud et du nord de la Méditerranée se sont réunis du 31 mars au 2 avril à Benalmadena en Espagne à l’occasion de la troisième Conférence de la Méditerranée de la Gauche. Pendant trois journées constructives, ils ont analysé et échangé des points de vue sur la situation de cette région au regard de récentes évolutions sur la scène internationale.

31 mars au 2 avril 2017 à Benalmadena, Espagne

Renforcer la coopération des forces de gauche -

Nord et Sud de la Méditerranée

Les partis de gauche des régions du sud et du nord de la Méditerranée se sont réunis du 31 mars au 2 avril à Benalmadena en Espagne à l’occasion de la troisième Conférence de la Méditerranée de la Gauche. Pendant trois journées constructives, ils ont analysé et échangé des points de vue sur la situation de cette région au regard de récentes évolutions sur la scène internationale.

Depuis la seconde Conférence de la Méditerranée à Istanbul en février 2015, nous avons assisté à une aggravation des situations politiques tant au nord qu’au sud de la Méditerranée, avec une élargie austérité contre les peuple en Europe, les conflits et les guerres perdurent au Moyen-Orient et en Afrique du Nord.

Malgré une situation explosive et imprévisible, l’esprit de solidarité et d’internationalisme présent au sein des forces de la Gauche constitue un solide et important pilier sur lequel s’appuyer pour poursuivre notre coopération.

Les derniers développements

En Amérique et en Europe, les responsables politiques populistes de droite et d’extrême-droites progressent. Avec l’élection de Donald Trump, de droite, à la présidence des États-Unis, nous sommes entrés dans une nouvelle ère. Elle a une incidence sur les évolutions sur la scène internationale, y compris dans nos régions au sud et au nord de la Méditerranée. Les politiques concrètes qui en découleront et la profondeur de leurs répercussions ne sont pas encore claires. Quoi qu’il en soit, elles incluent sans nul doute une militarisation croissante, qui implique des risques tels que de nouveaux engagements militaires ou l’extension ou intensification de conflits existants. La réponse de l’Union Européenne n’est pas une alternative a cet objectif centré aussi sur des plus fortes capacités militaire et les politiques.

Les changements positifs et encourageants observés lors de la deuxième Conférence de la Méditerranée à Istanbul — identifiés à l’époque en Grèce et à Kobane, la région kurde de Syrie —, sont aujourd’hui eux aussi menacés et pourraient se voir anéantis. Les mouvements sociaux pour la démocratie et la justice sociale qui ont marqué 2011 en Égypte, en Tunisie et ailleurs au Moyen-Orient sont au point mort alors que des forces réactionnaires prennent dorénavant les décisions.

Les régimes islamistes répressifs de droite tels que ceux de l’Arabie saoudite et du Qatar gagnent en influence et en pouvoir.

Au Yémen on assiste à une agression militaire dirigée par l’Arabie Saoudite et soutenu militairement et politiquement par les Etats Unis et Union Européenne et qui conduit à une crise humanitaire catastrophique avec des millions de personnes qui risquent la famine.

Il existe un grand nombre de pouvoirs extérieurs et des acteurs internes dans la politique du monde arabe, souvent avec des intérêts conflictuels et des conséquences déstabilisatrices.

L’Arabie Saoudite et le Qatar jouent un rôle déterminant dans l’aggravation des conflits et des conditions sécuritaires dans bon nombre de pays Arabes - notamment la Syrie, le Yémen et la Lybie - en concordance avec les visées hégémoniques de la politique américaine expansionniste et en agissant souvent en coordination avec les Etats-Unis dans cette partie du Monde.  Il est largement reconnu que ce rôle a revêtu et revêt toujours des formes très multiples: mobilisation de milliers de Djihadistes islamiques venant vers la Syrie de tous les bords de la planète, provision du financement inconditionnel et des armes sophistiquées aux différents groupes islamistes fondamentalistes et surtout instrumentation et manipulation des différents supports médiatiques au profit de ces mêmes groupes. Bénéficiant de l’ambiguïté et de la duplicité du concept de “terrorisme” à l’échelle mondiale, les pays du Golfe ont toujours trouvé les moyens propices pour bien camoufler leurs ingérences violentes dans les conflits de la région. Ils ont également réussi à utiliser leurs achats d’armes massifs et leurs excédents pétroliers comme stimulants pour influencer les politiques des pays du nord de la Méditerranée vis à vis de ces conflits.

En Turquie, avec M. Erdogan, une dictature se développe rapidement. Dans la même ligne, en Égypte, le régime du président Sisi recourt de plus en plus à la répression de manière arbitraire. En Israël, le récent remaniement politique indique clairement l’ampleur du virage à droite du consensus politique et l’endroit où se situent actuellement les lignes de fracture de la société. Le net revirement à droite du gouvernement israélien ne laisse planer aucun doute quant à ses intentions de coloniser toute la Palestine. Les forces de droite progressent en Europe alors que les populations sont de plus en plus déçues par les partis politiques traditionnels, y compris les sociaux-démocrates. L’UE entre dans une période d’incertitude, en particulier après le Brexit.

Néanmoins, les principaux défis pour la Gauche gravitent autour de la crise du capitalisme mondial, l’enjeu climatique et de ses répercussions dans le monde entier. Il faut une alternative.

Les perdants de cette crise sont bien entendu les travailleurs ordinaires. Autour de la Méditerranée, ce sont ces travailleurs, en particulier les jeunes et les femmes, qui sont condamnés à subir une diminution ou une perte de leurs revenus, une avancée de l’inégalité, le chômage et l’insécurité sociale. Les mouvements sociaux, en particulier dans le sud de l’Europe — en Espagne, au Portugal, en Grèce et en France — ont combattu et continuent de lutter contre ces attaques.

Les partis et mouvements de gauche ont un rôle crucial à jouer en réponse à l’appel et au désespoir des personnes ordinaires de nos régions. Pour combattre l’austérité, l’oppression, la militarisation et un déficit de démocratie, ils doivent construire un solide mouvement qui s’érige en alternative en matière de justice sociale et climatique, de participation démocratique, de paix et de socialisme. Celle-ci doit se distinguer des fausses solutions mises en avant par les forces de droite et par les intégristes. Nous devons susciter l’espoir d’un changement. Le « capitalisme responsable » est un non-sens. La gauche doit offrir une véritable alternative.

Le présent

Cela étant dit, nous saluons l’appel de la Gauche Européenne à organiser un large forum des forces progressistes et de gauche, y compris le mouvement syndical, à Marseille le 11 novembre 2017 pour débattre autour de la manière de construire cette alternative.

Comme indiqué lors de la seconde Conférence de la Méditerranée, le lien entre les évolutions politiques dans nos régions, y compris au Moyen-Orient, en Afrique du Nord et en Europe, est aujourd’hui plus clair que jamais nous ne l’avons imaginé. En assurant la promotion du néolibéralisme — par le biais du FMI et des entreprises européennes —, l’UE et son agenda néolibéral en constitue le trait d’union. L’Union euro-méditerranéenne et les accords y afférents, de même que les politiques d’austérité suivies par l’UE, contribuent tous à la détérioration des conditions de vie des personnes.

La gestion de la crise des réfugiés par l’UE a une fois de plus mis en évidence l’interdépendance de nos régions. L’intervention impérialiste et la guerre dans les régions du sud — dont l’Amérique et les pays européens sont le fer-de-lance — ont mené au conflit et à la guerre civile. La crise des migrants qui suivit a alimenté une nouvelle vague de xénophobie et de populisme contre les immigrés. Soucieuse de se démarquer de précédentes intentions impérialistes, l’UE tente de résoudre le problème au travers d’une série d’opérations douteuses. En Égypte, en Libye, et même dans certains pays au sud du Sahara, nous pourrions à présent assister à des répliques du fameux « accord UE-Turquie sur les migrants ». En particulier avec l'Égypte, où le régime de Sisi a considérablement réduit l'espace public et violé tous les articles des libertés dans la nouvelle constitution de 2014 concernant la liberté de presse, les manifestations, les grèves et les syndicats indépendants.

Le changement climatique, les guerres, la misère …sont  en grande partie à l’origine de la crise des migrants. Le réchauffement climatique débouche sur des conflits et des guerres autour de la Méditerranée liés à la concurrence pour des matières premières telles que le pétrole et le gaz, ainsi que pour les ressources en eau. Les terres fertiles du pourtour de la Méditerranée pourraient constituer un havre de paix et de prospérité pour leurs populations. Elles sont aujourd’hui un foyer de pollution, de troubles et de graves  violations des droits de l’homme.

L’avenir

Chypre souffre toujours du fait de l'occupation turque, de la colonisation et de la violation du droit international, y compris l'UNCLOS. Nous appuyons fermement la réunification et la démilitarisation de l'île, l'abolition des garanties et des droits d'intervention dans le pays; Nous soutenons la coexistence pacifique de tous les Chypriotes dans un Etat fédéral de bi-communauté.

Nous soutenons les négociations afin de résoudre le problème le plus tôt possible et conduire à la réunification de l'île et de ses personnes qui sont les propriétaires légitimes des ressources.

De même, nous exigeons une Méditerranée sans armes nucléaires, ni bases militaires de l’OTAN, ni aucune présence militaire étrangère. Nous appelons à une zone de désarmement nucléaire au Moyen-Orient. L’État d’Israël doit signer le Traité de non-prolifération (TNP) et entrer dans un processus international de désarmement. Nous dénonçons la politique de l’UE de militarisation et d’externalisation des frontières, de même que le rôle joué par l’OTAN dans la recrudescence des tensions avec l’Europe de l’Est et la Russie.

Nous demandons des itinéraires sûrs et légaux vers l'UE pour les migrants et les demandeurs d'asile, tels que les visas humanitaires et le renforcement des regroupements familiaux.

Nous dénoncions  le processus de «l'externalisation du contrôle frontalier de l'UE» en faisant en sorte que les États nord-africains soient les gardes-frontières de l'UE afin garder les migrants dehors de l'Europe. Nous condamnons l'accord UE-Turquie et la duplication de son contenu dans des accords similaires avec d'autres pays en Méditerranée.

Toutes les opérations militaires telles que EUNAVFOR Med Sophia visant à contenir la migration doivent être interrompues. Les mécanismes de contrôle des frontières tels que FRONTEX doivent être remplacés par une recherche multinationale et une opération de sauvetage afin de mettre fin aux tragédies en cours en Méditerranée.

Il est clair que le conflit Syrien s’est manifestement transformé en un conflit durable à tous les égards. Dans  ces conditions, il n’est plus suffisant d’aborder les séquelles humanitaires et sociales de ce conflit – en l’occurrence le dossier épineux des réfugiés Syriens – à travers des politiques d’urgence uniquement. En effet celles-ci sont  à présent accompagnées d’une paupérisation progressive, d’un chômage prononcé et d’une grande instabilité sociale et politique dans les rangs des réfugiés et des communautés locales. Donc pour répondre à cette situation déplorable, de gros efforts de développement doivent être imminent déployés. Afin de créer des opportunités d’emploi suffisants aussi bien aux couches pauvres des pays de destination qu’aux réfugiés Syriens dans ces pays, de nouvelles politiques doivent être envisagées au niveau de l’aide procurée par la communauté internationale, et surtout les pays du Nord de la Méditerranée.

La Conférence exprime sa préoccupation face à la poursuite de l’occupation de la Cisjordanie et de Gaza — ainsi que du Sahara occidental. Les résolutions des Nations Unies n’ont pas été entendues.

Israël pourrait tirer parti de l’arrivée du  nouveau président américain plus favorable à son souhait d’expansion des colonies en Cisjordanie en créant sur le terrain davantage de situations visant à renforcer la colonisation israélienne de  Jérusalem Est et de la Cisjordanie . Ce risque est bien réel.

Rien qu’au cours de ses premiers mois, Trump a déjà abandonné un « engagement officiel » américain de deux décennies en faveur de l’établissement d’un État palestinien aux côtés d’Israël faisant partie d’un accord de paix définitif au Moyen-Orient. Tout cela ouvre la voie pour qu’Israël poursuive la construction de colonies en territoire palestinien.

Nous demandons la reconnaissance de l’Etat palestinien par les Etats de l’UE notamment pour ceux où le parlement l’a déjà voté, et n’attend qu’une ratification du président ; c’est le cas de la France.

Nous continuons à défendre le droit à l’autodétermination du peuple palestinien pour l’établissement d’un Etat Palestinien indépendant, avec Jérusalem-Est pour capitale, selon les frontières du 4 juin 1967, ainsi que le retour des réfugiés palestiniens, conformément à la Résolution 194 de l’ONU, et comme indiqué dans de nombreuses résolutions de l’ONU. Nous condamnons les politiques d’apartheid de facto et de colonisation par le biais de colonies, ainsi que le blocus de Gaza mené par Israël, l’Egypte, avec l’aval des États-Unis et de l’UE. L’accord d’association UE/Israël devrait être suspendu tant qu’Israël bafouera le droit international et les droits de l’homme.

La Conférence soutient la lutte populaire contre l’occupation israélienne et la colonisation, ainsi que la reconstruction de Gaza dans la foulée de la guerre de 2014. Nous exigeons la libération de tous les prisonniers politiques palestiniens dans les prisons Israéliennes. Nous expressions notre solidarité avec les forces dans Israël qui se battent pour la paix et pour une solution à deux états. Nous condamnons la répression des militants de la campagne BDS.

L’ONU doit user de ses prérogatives pour exiger des négociations directes et sérieuses entre le front Polisario et l’Etat au Maroc.

Nous appuyons la lutte du peuple sahraoui pour mettre un terme à l’occupation du Sahara occidental à travers un référendum pour son autodétermination, conformément aux résolutions de l’ONU. De même, nous demandons le respect des droits de l’homme et la libération des prisonniers politiques sahraouis.

Nous exprimons notre solidarité et notre soutien au peuple kurde contre la répression turque, et à la résistance kurde contre l’EI en Syrie. Nous condamnons également l’intervention turque en Rojava. En Turquie, nous exhortons à une cessation de la persécution du HDP -  dont les députés aujourd’hui ont commencé une grève de la faim – aussi que des autres forces politiques, juristes, académiques, journalistes, auteurs et individus.

La conférence soutient des négociations pour établir un cesser le feu  entre opposition syrienne non impliquée dans le terrorisme et le régime syrien pour une solution politique qui préserve l’unité du peuple et des territoires syriennes et pour un régime démocratique.

Nous combattrons la répression, la xénophobie et le racisme sur lesquels s’érigent les thèses de droite, et nous dénoncerons toute forme de discrimination. Alors que des puissances impérialistes et des forces réactionnaires cherchent à semer la discorde entre les personnes à la fois au nord et au sud de la Méditerranée, nous souhaitons souligner notre unité par rapport à nos objectifs et à nos combats.

Ensemble, nous construirons une nouvelle Méditerranée. Nous défendrons l’écosystème  et les biens communs tels que l’eau et tous les services publics. Pour que notre modèle pour l’avenir associe l’écologie et le socialisme, nous croyons au contrôle public des ressources naturelles et à des services publics qui reposent sur la participation démocratique, l’équité et l’égalité de chances, les droits civils et humains et la laïcité.

Au fil des ans, depuis notre première réunion à l’occasion de la première Conférence de la Méditerranée à Palerme en 2012, les partis de gauche de toute la Méditerranée ont consolidé un important partenariat. Nos conférences et notre partenariat se poursuivront pour promouvoir la coopération entre les partis de gauche, les mouvements sociaux, les syndicats, les militants et d’autres qui souhaiteraient s’associer à nos combats.

 

À l’avenir, nous proposons les plans suivants :

  • Conférence à Ramallah sur la Nakba, 14 mai 2017
  • Participation au Forum de Marseille sur la Gauche Européenne le 10-11 novembre 2017
  • Réunion du groupe de coordination élargie au Caire en automne 2017
  • Quatrième Conférence de la Méditerranée en 2019

 

Ensemble, nous construirons une nouvelle Méditerranée ─ en tant qu’alternative de justice sociale, de participation démocratique, d’écologie, de paix et de socialisme

Vive la solidarité internationale

Original Language / ES

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